M le magazine du Monde

April 2026
Diane Lisarelli

ON CONNAÎT BIEN en France l'histoire glorieuse de Vallauris.

« ville aux cent potiers » où, au début des années 1950, une nouvelle génération a transformé les ateliers d'artisans en véritables laboratoires de création. Dans le sillage de Pablo Picasso, la céramique y acquiert une dimension inédite s inscrivant pleinement dans l'histoire de la modernité. Ce passage d'un ar utilitaire, fonctionnel, à un art autonome n'est pas une spécificité française.

 

Non loin de là, en Italie, le même mouvement se dessine. Dès lors, formes, techniques, émaux, cuissons ou motifs deviennent d'importants terrains d'ex-périmentations. C'est cette génération de créateurs italiens que met à l'honneur la jeune galerie Gaïa & Romeo, fondée en 2025 par Antoinette Monnier et Frédéric Cassin. On doit à ce dernier (avec sa compagne, l'animatrice de télévision Cristina Córdula) la vente Jacques et Dani Ruelland, organisée par Christie's en 2024 - 250 céramiques englobant toute leur production, de 1953 à 1990, qui avait atteint 937440 euros.

 

Sa passion de collectionneur porte désormais sur la céramique italienne après 1945 et les maîtres que sont Guido Gambone (1909-1969), Salvatore Meli (1929-2011), Carlo Zauli (1926-2002) ou Nino Caruso (1928-2017). Ce sont là quelques-uns des grands noms que la galerie Gaïa & Romeo met à l'honneur pour sa première participation au Pavillon des arts et du design (PAD), qui se tient du 8 au 12 avril au jardin des Tuileries, à Paris. Premier salon de design au monde créé en 1998, le PAD réunit 75 galeries internationales et françaises et attire chaque année 26000 visiteurs.

 

La sélection de Gaia & Romeo fait la part belle à des raretés, des œuvres emblématiques et murales et des pièces monumentales. Elle donnera notamment à voir un manteau de cheminée du sicilien Salvatore Meli, dont l'œuvre mêle recherche plastique et mémoire méditerranéenne: une pièce majeure de Marcello Fantoni captant le regard par son échelle et son bleu intense ; une assiette au dessin d'inspiration étrusque de Nino Caruso, témoignant de sa maîtrise, notamment dans l'intégration du sable à la matière. « Les couleurs vives, les émaux expérimentaux, les surfaces travaillées rapprochent souvent ces œuvres de la peinture », note Antoinette Monnier pour caractériser la spécificité de cette céramique italienne. Vient aussi bien sûr le dialogue constant entre art et design. « Contrairement à d'autres scènes, poursuit-elle, il n'y a pas de rupture stricte entre les disciplines : architectes, designers et artistes travaillent tous la céramique, ce qui enrichit profondément les formes et les approches. »

 

Il importe ici de rappeler le rôle central de Gio Ponti, référence majeure pour la constitution d'un style italien des arts décoratifs et du made in Italy. « À travers les Triennales, les expositions qu'il a organisees, la revue Domus qu il a fondee, ainsi que sa direction artistique chez le porcelainier Richard Ginori dès les années 1920, Gio Ponti a contribué à élever la céramique au rang d'art majeur», rappelle la galeriste. Pour cette édition du PAD, la galerie Gaïa & Romeo promet une « expérience digitale immersive » pensée comme un véritable outil de narration « établissant un lien entre le monde statique de l'objet et une expérience plus interactive et vivante. »