PAD Paris 2026, Gallery Gaïa & Romeo : Interview Antoinette Monnier
« Avec Frédéric Cassin, notre force réside dans la co-création »
En quoi les artistes céramistes italiens d’après-guerre sont-ils uniques ?
Les céramistes italiens de l’après-guerre se distinguent par une liberté créative forte qui transforme fondamentalement la céramique : d’objet utilitaire, elle devient un médium artistique à part entière, à la croisée de la sculpture, de la peinture et de l’architecture. Portés par un dialogue unique entre tradition et modernité, ils réinventent formes, matières et couleurs avec une intensité rare, sans jamais rompre avec l’héritage méditerranéen. Cette capacité à mêler expérimentation radicale, richesse plastique et identité culturelle forte fait de leur production un moment unique, où la céramique s’impose pleinement comme un langage majeur de la modernité.
Gallery Gaïa & Romeo participe à PAD Paris avec ce qui fait son ADN : comment a été conçue la sélection ?
La sélection présentée par la galerie Gaïa & Romeo a été pensée comme une véritable narration de son ADN : révéler l’intensité et la diversité de la céramique italienne d’après-guerre. Elle ne cherche pas à illustrer un style unique, mais à faire dialoguer différentes approches - des œuvres très picturales aux formes sculpturales, jusqu’aux pièces conçues pour l’espace - afin de rendre compte d’un moment où tout est encore ouvert et expérimental. Chaque pièce a été choisie pour sa singularité, sa force plastique et sa maîtrise technique, mais aussi pour sa capacité à incarner ce basculement fondamental de la céramique vers un langage artistique à part entière.
Vous proposez une expérience immersive au visiteur : de quoi s’agit-il exactement ?
L’expérience immersive imaginée par Gallery Gaïa & Romeo s’appuie sur une scénographie pensée comme un véritable outil narratif, bien au-delà d’une simple présentation.
Le dispositif invite les visiteurs à plonger dans l’univers graphique des œuvres et à en approfondir la lecture lorsqu’ils le souhaitent.
Il s’agit de mettre en relation ces céramiques des années 1950-70 dans un langage contemporain. La galerie refuse de les figer comme des traces du passé : elle les active dans le présent, en dialogue direct avec notre époque.
Que représente le PAD pour vous ?
Pour Gallery Gaïa & Romeo, le PAD représente avant tout une opportunité de rencontre et de transmission. C’est un cadre international qui permet d’aller à la rencontre de collectionneurs, de décorateurs et d’un public élargi, afin de partager une vision : celle d’une céramique italienne d’après-guerre vibrante, libre et pleinement inscrite dans la modernité. C’est aussi un moment clé pour affirmer la place de ce médium comme un art majeur, en lui donnant une visibilité à la hauteur de son importance et en révélant toute la richesse de ses formes et de ses expressions. Il s’agit de lever le voile sur ces pièces de grands maîtres, de manière inédite.
La galerie a participé à Ceramic Art Fair 2025 : quel bilan de cette expérience ?
Ça a été une formidable expérience, très satisfaisante pour nous. La rencontre avec le public et la présentation de ces pièces ont été particulièrement enrichissantes, révélant un véritable engouement pour la céramique italienne, notamment à travers ses formes audacieuses et ses couleurs vibrantes.
Notre première participation à une foire coïncidait avec la première édition de l’événement parisien dédié à la céramique ; c’était donc un alignement naturel, et la confirmation d’un véritable tournant pour ce médium, désormais reconnu comme un art majeur. Et tout cela à Paris, ville d’art par excellence — un moment particulièrement fort et annonciateur.
Collectionneur-galeriste Frédéric Cassin est votre parrain : qu’est-ce qu’il vous transmet au quotidien en matière d’art et de vision ?
Frédéric me transmet une chose essentielle : une liberté de regard. Une approche instinctive, engagée, affranchie des codes — qui a immédiatement fait écho en moi. Il a structuré mon regard, mais surtout renforcé ma capacité à suivre une intuition sans compromis.
À partir de là, j’ai posé une direction claire : inscrire la galerie dans son propre sillage, en investissant les langages contemporains. Le digital et l’intelligence artificielle ne sont pas des outils, mais des territoires aux possibilités infinies, qui transforment la manière dont les œuvres existent, circulent et se racontent.
Lorsque Frédéric m’a montré sa collection, l’évidence a été immédiate. J’ai découvert un univers audacieux, coloré, foisonnant, chargé d’histoire, dont j’ai instantanément saisi l’ampleur. Avec elle s’est imposée une mission claire : redonner à ces maîtres de la céramique italienne la place qu’ils méritent.
J’ai grandi dans un environnement artistique — entre lui et ma mère, artiste peintre et sculptrice — ce qui a très tôt structuré mon regard. En parallèle, je me suis formée à la programmation, avec la conviction que le digital est un levier d’expression puissant, capable d’ouvrir de nouveaux territoires.
Une relation fondée sur la co-création
Notre relation s’inscrit dans un dialogue constant. Mon parcours, notamment à l’international, m’a appris à ne jamais considérer les cadres comme figés, mais comme des points de départ à déplacer. Frédéric nourrit cette dynamique, soutient des visions audacieuses et maintient une exigence forte.
Notre force réside dans cette co-création : un équilibre entre transmission et évolution.
